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l’Armana Prouvençau – “De couioun à coulègo”

Avec près de 170 ans d’existence, l’ Armana Prouvençau vécut de nombreux événements. 

Un des plus célèbres, fut celui de “l’affaire de l’almanach” qui se révéla en 1960 avec la publication du fameux poème “I Conse de l’Escolo de Lar” signé “Marius Michel”, pseudonyme de Bruno Durand. Ce poème à la gloire des rédacteurs de l’almanach revela en acrostiche une toute autre appréciation… 

Tout commence en 1955,  lors d’un grand rassemblement à Saint-Tropez à l’occasion de la Sainte Estelle. Le Félibrige décide unilatéralement de reprendre le contrôle de l’Armana Prouvençau, le considérant comme sa propriété.

Cela provoque la colère des représentants de l’Escolo de Lar, qui se considèrent comme légitimes pour sa publication, car ils en assurent l’existence depuis des décennies, avec l’accord tacite des précédents responsables du Félibrige dont Marius et René Jouveau.

L’Escolo de Lar proteste alors par une lettre adressée à tous les Majoraux du Félibrige et déclare qu’ “Au nom et à la publication de l’Armana Prouvençau, droits qu’elle tient de l’abandon tacite,  – mais non équivoque –,  que lui en avait fait en 1950 par René Jouveau, qui les tenait lui-même de son père Marius Jouveau.

Marius Jouveau (1878-1949)
René Jouveau (1906-1997)

De nombreuses protestations eurent lieux au cours des mois qui suivirent mais l’ultime provocation du Félibrige arriva en 1957 lorsqu’ils éditèrent l’Armana Prouvençau dóu Felibrige, arborant une couverture jaune à caractères noirs. L’Escolo de Lar assigna alors en justice Maria Pichotin, libraire et éditrice, car cet almanach se présentait avec “ […] une couverture et une présentation telles qu’elles constituent une contrefaçon incontestable de son Armana Prouvençau, et de nature à lui porter un préjudice considérable par la confusion ainsi créée.” (Assignation du 21 décembre 1956)

Cette assignation entraînera une sanction envers Maria Pichotin qui devra s’acquitter d’une amende de 10 000 francs.

S’ensuivit plusieurs mois de crise au sein du Félibrige, avant que ce dernier, le 10 mars 1957, organise un tribunal interne qui entraîne l’exclusion de Louis Malbos et Léon Inard pour leur opposition, tout en rappelant que l’Armana était officiellement repris par le Félibrige.

Louis Malbos (1911-1984)
Léon Inard (1907-1986)

Les deux ex-félibres continueront alors de leur côté à éditer et publier l’Armana de L’Escolo de Lar, à la fois par souci de tradition et d’opposition au Félibrige.

Nous en arrivons alors à cette année de 1960 où l’almanach vient d’être finalisé, relu, publié et diffusé dans de nombreuses librairies de la région. Cependant, seulement quelques jours après sa sortie officielle, différents lecteurs s’aperçurent qu’un certain poème était loin d’être anodin, certes ce dernier, ne tarissait pas d’éloges envers les responsables de l’Escolo de Lar mais il contenait un acrostiche bien moins flatteur: “Malbos emai Inard soun de couioun”. Lorsque les directeurs de L’Escolo de Lar, susnommés, se rendirent compte de la supercherie, ils entreprirent une correction d’urgence et n’eurent d’autres choix que de faire le tour des librairies où l’almanach maudit avait été déposé. L’insulte originale sera alors “habilement” dissimulée par un collage et une nouvelle acrostiche plus amicale, “Malbos emai Inard soun de coulègo”.

Armana Provencau 1
Armana Provencau 2

L’affaire n’en resta pas là, tous continuère de revendiquer la paternité légitime de l’almanach, exclusions, menaces, insultes…L’organe de propagande institutionnel du Félibrige se trouva toujours plus en difficulté, c’est à ce moment là que l’Abbé Joseph Salvat proposa son arbitrage qui donna l’objet d’une publication en 1964. Les quelques tentatives de réconciliations de la part de l’Escolo de Lar n’eurent aucune issue, chacun campant sur ses positions. Après le décès de Louis Malbos en 1984, il fallut attendre 1995 pour que l’association aixoise réintègre le Félibrige. En ce qui concerne Léon Inard, sa nomination comme lauréat des Jeux Floraux de 1983, présidé par René Jouveau, laissa présager d’une possible réconciliation.

Aujourd’hui l’Armana Prouvençau continue sa route, apportant “Joio, soulas e passo-tèms à tout lou Pople dóu Miejour”.

Article rédigé grâce aux archives du CREDD’O, et à la revue l’Astrado n°46.

Les ouvrages concernant ce récit sont disponibles à la librairie du CREDD’O, ainsi que sur le site.

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