A la veille de nos charrettes respectives, voici une anecdote qui illustre l’entente cordiale entre nos deux villages.
Au début du XIXème siècle, le dimanche matin, après avoir fait courir la charrette dans les rues du pays, nous allions « en corps » à Maillane, faire une petite exhibition, histoire de prouver à nos voisins, l’habileté de nos charretiers. Il s’agissait de faire, au galop, le tour d’une… tour (impossible de dire ou de faire autrement), l’ancienne tour de l’horloge qui se dressait au milieu de la place, près de l’église. Le circuit autour de ce monument aujourd’hui disparu, qui fut détruit en 1862, justement deux ans après un accident de charrette, était, paraît-il, très difficile. Mais pour les habitués du virage du Moulin, ce n’était qu’un jeu d’enfant.
En retour, les Maillanais venaient aussi essayer leur charrette à Graveson. Claude-François Achard dans son tome IV de l’Histoire de la Provence de 1787/1788 signale en parlant de Maillane « Le dimanche, après la fête de St Jean Baptiste, les ménagers font une fête en l’honneur de Saint Eloi, le curé bénit le gros et le menu bétail, on garnit une charrette de feuilles et on y attelle jusqu’à 60 chevaux que l’on fait courir dans les rues et même jusqu’à Graveson ou Eyragues, on nomme ce char La Carreto Ramado ». Cependant les maillanais étaient victimes d’un vieux dicton : « Carretié de Maiano, verso dins la plano ! » et leur gloire équestre en souffrait. Comme les fêtes de Saint Eloi se célébraient le même jour, le dimanche après le 25 juin, les deux cortèges se croisaient en chemin. En se croisant, les charretiers échangeaient quelques jurons, fonction oblige et parfois, des horions.
Chaque année le ton montait un peu plus haut et s’approchait fatalement d’un l’incident de frontière. Et pour cause, le 25 juin 1818, pour des raisons politiques, les Maillanais rompirent la traditionnelle visite et lorsque ceux de Graveson arrivèrent au Pont Saint Jean, limite des deux communes, ils furent reçus à coups de cailloux, bouteilles, détritus, qui blessent sérieusement le nommé Aubert, conducteur de la charrette, jetant la confusion dans les rangs. La bagarre terminée, chaque camp rentre chez lui pour soigner ses éclopés. L’affaire fut portée devant le Procureur du Roi, à Tarascon et il fallut toute la diplomatie de M. Dumas, Maire de Maillane, pour éviter aux coupables, d’être traînés devant les tribunaux. Les meneurs firent des excuses et une indemnité versée à M. Aubert, le blessé, arrêta l’affaire. Finies les bonnes relations, chacun fait désormais sa Saint Eloi chez soi et une guerre froide, à peine terminée aujourd’hui, s’installe entre les deux villages. Comme quoi Saint Eloi n’est pas Sainte Cécile et n’adoucit pas les mœurs !







